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Le Soudan à nouveau coupé du monde avant des manifestations anti-putsch – Monde





L’internet mobile et les communications téléphoniques sont coupés samedi 25 décembre au Soudan où les forces de sécurité quadrillent Khartoum, alors que les manifestants opposés au pouvoir militaire s’apprêtent à braver de nouveau la violente répression.

Si déjà 48 manifestants ont été tués et des centaines blessés depuis le coup d’État de l’homme fort du pays, le général Abdel Fattah al-Burhane, le 25 octobre, la journée de samedi s’annonce encore plus sous haute tension.

Trois ans après la « révolution »

Elle a lieu moins d’une semaine après le troisième anniversaire du lancement de la « révolution » qui en 2019 força l’armée à mettre fin à 30 ans de dictature militaro-islamiste d’Omar el-Béchir. Ce jour-là, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles, fait pleuvoir des grenades lacrymogènes sur les centaines de milliers de manifestants et même recouru, selon l’ONU, à une arme déjà utilisée au Darfour en guerre : le viol.

Samedi, les autorités ont eu recours à un autre outil de taille : comme durant près d’un mois après le putsch, elles ont coupé l’internet mobile et les communications téléphoniques, privant les militants de la possibilité de diffuser en direct des images et coupant les Soudanais de l’extérieur, en ce lendemain de veillée de Noël à travers le monde.

« Attirer l’attention du monde »

« La liberté d’expression est un droit fondamental et cela inclut l’accès total à internet », a déjà protesté l’émissaire de l’ONU, Volker Perthes. Et alors que les défenseurs des droits humains font état de rafles depuis vendredi soir parmi les militants et leurs proches, Volker Perthes a tenu à ajouter que « selon les conventions internationales, personne ne devrait être arrêté pour avoir eu l’intention de manifester ».

Au début de cette journée placée sous les slogans « Pas de négociation » avec l’armée et « Les militaires à la caserne », le syndicat de médecins pro-démocratie qui recense les victimes de la répression depuis 2018 s’est inquiété du black-out général. « Nous attirons l’attention du monde et lui demandons de surveiller ce qui va se passer au Soudan », écrit-il dans un communiqué.

Verrouillage

Car le verrouillage a franchi un cran : si à chaque manifestation, les blindés des forces de sécurité bloquent les ponts reliant Khartoum à ses banlieues, cette fois-ci, leurs grues sont venues déposer d’énormes containers en travers de ces ouvrages.

En outre, les forces de sécurité barrent les principales artères du centre-ville où se trouve le palais présidentiel, vers lequel les manifestants prévoient de converger car c’est désormais là que siègent les autorités de transition dirigées par le général Burhane.

Dès vendredi, le gouvernorat de Khartoum a prévenu : les forces de sécurité « s’occuperont de ceux qui contreviennent à la loi et créent le chaos » notamment aux abords « des bâtiments de souveraineté stratégique », alors qu’à chaque manifestation, les premiers tirs ont lieu devant le Parlement, le palais présidentiel ou le QG de l’armée.

En apparence, après son putsch dénoncé par le monde entier ou presque, le général Burhane a rétabli le Premier ministre civil Abdallah Hamdok, mais le Soudan n’a toujours aucun gouvernement, condition sine qua non à la reprise de l’aide internationale, vitale pour ce pays, l’un des plus pauvres au monde.

En outre, il promet les premières élections libres depuis des décennies en juillet 2023, sans convaincre les partisans d’un pouvoir uniquement civil dans le pays, sous la férule de l’armée quasiment sans interruption en 65 ans d’indépendance.

Prochain rendez-vous le 30 décembre

Ils ont ainsi déjà annoncé qu’après samedi, ils manifesteraient de nouveau le 30 décembre.

Car si les partisans d’un pouvoir uniquement civil ont accepté de travailler avec l’armée en 2019 à redresser le pays, englué dans le marasme politique et une inflation à plus de 300 %, ils entendaient revenir à un pouvoir civil prochainement.

Mais avec leur coup d’État et l’accord politique qui a suivi avec Abdallah Hamdok désormais qualifié de « traître » par la rue, les militaires ont imposé la prorogation pour deux ans du mandat du général Burhane à la tête de facto du pays.

Dimanche 19 décembre, malgré tout, les anti-putsch ont franchi un palier symbolique important : en soirée, aux portes du palais présidentiel, ils avaient annoncé un « sit-in illimité », le mode opératoire de la « révolution » de 2019 qui, au terme de plusieurs mois de sit-in, avait renversé Béchir. En quelques heures à peine, les forces de sécurité étaient parvenues à disperser les milliers de protestataires à coups de bâtons.




Circassia News

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