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Jean-Éric Branaa : « Joe Biden ne supporte pas Vladimir Poutine » – Monde





Joe Biden a décidé d’intensifier son aide à l’Ukraine avec une nouvelle aide colossale de 40 milliards de dollars. Pourquoi déployer, selon vous, de tels moyens ?

C’est faramineux. Les États-Unis vont porter leur aide à l’Ukraine à un total de 54 milliards, ce qui représente le budget militaire annuel de la France. Cette enveloppe englobe aussi l’assistance aux réfugiés et l’aide à la vaccination contre la covid. Pour les États-Unis, la raison d’un tel effort est double. D’abord, d’un point de vue éthique : Joe Biden suit l’objectif de défendre la démocratie contre les autocraties. Il considère que les libertés ne peuvent prospérer si on laisse des pays comme la Russie faire leur loi. Puis, d’un point de vue géostratégique, les Américains reprennent pied dans le concert international, après s’être éloignés de leurs alliés, après quatre années erratiques de présidence Trump. Le nouveau leadership de Joe Biden envoie un message à la poudrière du Cachemire opposant l’Inde et le Pakistan ou encore Taïwan avec la Chine.

Notre direct sur la guerre en Ukraine

C’est un jeu de poker menteur ou tout le monde s’accuse de tout, et chacun reste à sa place dans ses tranchées.

Les services de renseignements américains ont donné des informations conduisant à l’élimination de plusieurs généraux russes ou du navire amiral russe, le Moskva. Joe Biden est-il, selon vous, en train d’endosser le costume du pompier pyromane ?

Selon le Pentagone, ils n’ont pas donné de tels renseignements. En fait, il faut garder les apparences. Les États-Unis ne veulent pas être considérés comme cobelligérant, et Poutine, non plus. C’est un jeu de poker menteur où tout le monde s’accuse de tout et chacun reste à sa place dans ses tranchées. Si l’un passe au-dessus, on dira qu’on n’a pas vu et on fera comme si ça ne s’était pas passé. On marche sur des œufs. Les Américains sont dans la même situation que lors des deux guerres mondiales, où ils ne voulaient pas entrer dans le conflit mais aidaient leurs alliées en sous-main, avec ces mêmes thèmes de défense des libertés et du monde libre en toile de fond.

Tout de même, Joe Biden ne semble-t-il pas moins se soucier d’une possible humiliation de l’ours russe, contrairement à Emmanuel Macron, qui ménage la chèvre et le chou ?

Deux heures avant le discours d’Emmanuel Macron, à Strasbourg, lundi 9 mai, où il a donné des gages à Vladimir Poutine, Joe Biden a tenu les mêmes propos. C’est le point fort de l’attitude des alliés depuis le début du conflit ukrainien. Il y a une forte coopération qui s’opère. Même si les Américains ont changé de braquet en allant plus vite que tout le monde sur l’aide à l’Ukraine, ils font en sorte de ne pas laisser les alliés sur le bord de la route et n’ont pas forcé la question de l’embargo sur le gaz et le pétrole dont les Européens dépendent.

Le président américain, qui a répondu par l’affirmative quand on lui demandait s’il croyait que Poutine était un tueur, a-t-il une haine personnelle contre lui ?

Joe Biden ne supporte pas Vladimir Poutine. En 2015, lorsqu’il le rencontre à Moscou, il lui dit : « Vous n’avez pas d’âme ». En outre, le président américain estime qu’on aurait dû être beaucoup plus ferme à son égard depuis des années.

Le soutien bipartisan que reçoit Joe Biden sur sa ligne de conduite en Ukraine est-il total ?

Sur le dernier plan de 40 milliards, 368 membres du congrès ont voté pour et 57 contre. Ces derniers sont les représentants de l’extrême droite trumpiste américaine, proche du mouvement conspirationniste QAnon pour certains. Ils défendent l’idée que chaque dollar doit être dépensé pour les Américains. Mais le parti républicain, qui est anti-Poutine, demeure constant sur la question. D’ailleurs, quand Donald Trump était au pouvoir, il avait essayé de se dresser contre des sanctions visant Poutine, et le parti républicain lui avait imposé de s’y conformer.

Quid de l’affrontement avec la Chine, qui était censé être devenue la priorité n°1 des États-Unis ?

C’est toujours un féroce combat économique. Toutefois, le gouvernement américain planche sur la levée des taxes mises en place par Donald Trump, pour faire reculer l’inflation, qui s’élève à 8,3 %. En abaissant les droits de douane, l’administration veut ainsi faire chuter les prix. C’est aussi un signe d’un abaissement des tensions, alors que la Chine est empêtrée dans des problèmes de politique intérieure, notamment en termes de gestion de la crise sanitaire.

La guerre en Ukraine n’est pas ce qui motive les Américains dans leur vote. Ils sont aujourd’hui 40 % à soutenir le président

La guerre en Ukraine distrait-elle les électeurs américains des sujets de politique intérieure, comme les pénuries ou le pouvoir d’achat ?

Non, Joe Biden n’a ni gagné ni perdu un point dans les sondages depuis le 24 février. La guerre en Ukraine n’est pas ce qui motive les Américains dans leur vote. Ils sont aujourd’hui 40 % à soutenir le président. Les autres sont plus contre l’homme et ce qu’il représente qu’opposés à sa politique. Il y a eu un engouement autour du personnage après son investiture et jusqu’au mois d’avril. Puis, les mouvements antivax et anti-masques ont marqué un coup d’arrêt libertaire à sa campagne de vaccination contre la covid. Puis, l’inflation s’est envolée. Et même si le chômage est passé de 14 à 3 % en un an, la hausse des prix et les pénuries sont ressenties. Enfin, sur le thème de la sécurité, les États-Unis ont enregistré un record de morts par armes à feu l’année dernière. La politique intérieure n’est donc pas du tout favorable à Joe Biden.




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